dans l'armoire de l'arrière cuisine

13 mai 2014

du monde autour

Ça y est, on y est. Il y a du monde dessus, du monde dessous, du monde de tous les côtés. On entend tout, les chiens, les cris, tous les pas dans l’escalier. Il y a un an, c’était la grande maison, la cuisine aux carreaux blancs et la salle de bains avec deux lavabos. Maintenant, c’est ici. ici, c’est petit, sur le haut des murs, il y a des traces de moisi mais on est bien, c’est maman qui le dit. je sais qu’on va être bien ici. J’essaie d’y croire. Je me le répète et il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas vrai.  C’est maman qui a choisi mon papier peint, des grandes fleurs roses sur un fond blanc cassé,  un peu comme dans la grande maison. J’ai une chambre pour moi toute seule, mon frère et ma sœur se partagent celle d’à côté. Mon père nous a laissés ici, il n’habite pas loin, un autre quartier de la ville.  Il vient nous chercher tous les quinze jours et ne monte jamais. Ces samedis là, on l’attend des heures sur le canapé et quand j’entends la voiture arriver, je regarde par la fenêtre du salon, je le vois se garer en double fil et je sens le feu s’installer de ma gorge à mes poumons. Je ne veux pas y aller. Je veux rester ici. on est bien ici. Il klaxonne et je voudrais tomber. En retard pour en retard, j’aurais préféré qu’il nous oublie. On se dirait au revoir une dernière fois et puis ce serait terminé. Mon frère et ma sœur on l’air contents d’y aller. Je veux rester. Ma mère ne comprend pas, elle ne m’entend pas lui dire que je ne veux pas descendre l’escalier. La dernière fois, c’était samedi dernier. Je ne veux plus y aller. Il me reste dix jours avant le prochain week-end avec lui. Avec mon père, ça n’a pas toujours été comme ça. Je me souviens de nos étés d’avant. C’était avant la grande maison, avant notre arrivée dans cette ville qui ne veut pas de nous, les enfants du maire qui ne veut pas qu’on dise partout que ses enfants sont des privilégiés.  Alors ils leur a trouvé un appartement dans une des cités les plus pourries de la ville.  Je ne suis pas d’ici et je ne serai jamais d’ici. mais au deuxième étage, porte B, une fois que la porte est fermée, je me sens protégée. Rien ne peut nous arriver. Quand on me demande mon adresse j’écris « allée des érables », sur la pancarte, le mot « érables » est rayé à la bombe de peinture rouge et par dessus on a écrit « arabes » en beaucoup plus gros. Je ne sais pas qui a fait ça, je ne sais pas si ce sont des gens de la cité. Je ne suis pas d’ici, je n’ai pas envie d’être d’ici. Un jour, je partirai et j’oublierai. Le mardi, je suis la dernière a quitter l’appartement. J’ai cours de maths à dix heures. A cette heure là, ma mère est déjà partie depuis longtemps. Elle a emmené mon frère et ma sœur à l’école puis elle a rejoint le lycée où elle est prof d’anglais. Je crois qu’elle ne sait rien de la vie d’ici. je crois qu’elle s’en fout. Une fois la porte fermée, elle nous dit qu’on est bien ici. elle ne voit pas le rouge sur mes joues.   Mon collège est juste de l’autre côté de la cité. Si je me dépêche, j’y suis en moins de dix minutes, entre sept et huit minutes quand je dois courir parce que je n’arrivais plus à trouver mes clés. Je sais courir vite.  Je ne sais pas pourquoi je perds mes clés si souvent. Aujourd’hui, il fait beau, j’ai passé mes deux heures toute seule ici à regarder à travers la grande fenêtre du salon. Je sais qu’on ne me voit pas derrière le rideau et de cet endroit, je vois à la fois le parking, un bout de la rue des tilleuls et l’aire de jeux. Je regarde des gens qui ne me connaissent pas, je regarde leur vie et ils ne le savent pas, je les regarde longtemps et j’essaie de me mettre dans leur peau. Il y a le monsieur qui passe toutes ces journées la tête dans le moteur de sa voiture. Cette voiture, je ne l’ai jamais vu rouler. Il habite porte B et je suis sûr que c’est au deuxième étage puisque l’autre jour, j’ai remarqué que la lumière de la cuisine s’allumait juste après qu’ils soit rentré. Il avait juste eu le temps de monter les escaliers. ce, je crois qu’il n’a pas de femme, pas d’enfants. je n’ai jamais vu personne lui parler. Il écoute une petite radio qu’il descend tous les matins et qu’il pose sur le siège du passager avant d’ouvrir le capot de cette voiture qui n’est peut-être jamais partie d’ici. J’aimerais bien savoir ce qu’il écoute, je n’ai jamais réussi à m’approcher assez près. Je voudrais savoir ce qu’il fait le soir, quand il rentre chez lui. A la porte B, il y a aussi la dame qui marche toujours avec deux ou trois enfants accrochés à son manteau et qui conduit une poussette pour jumeaux. Ma petite sœur m’a dit qu’elle était nounou. Je la vois souvent à l’air de jeux. Les enfants ont l’air heureux avec elle, ils rient et elle transporte toujours un sac rempli de goûter. L’autre jour, en sortant du collège, je ne sais pas pourquoi mais je suis allée m’assoir à côté d’elle. Elle m’a souri et je lui ai souri aussi. Un jour, j’irai lui parler, je lui dirai que moi aussi depuis un an, je suis d’ici. Peut-être qu’elle acceptera de me parler, peut-être que j’emmènerai ma sœur ce jour là. Ma petite sœur se fait des amis partout. Nasser sort de chez lui une heure avant moi puisqu’il fait de l’anglais. Il ne sait pas que je le regarde partir tous les mardis, que je le vois allumer une cigarette dès qu’il est parti. Je suis dans la même classe que lui, je ne lui ai jamais parlé. Il a deux frères plus petit et une sœur plus grande que lui. L’autre jour, elle a crié « et toi là-bas, la bourgeoise, tu dis jamais bonjour quand tu nous croise ! ». J’ai continué d’avancer, j’ai senti les battements de mon cœur faire exploser mes tempes, j’aurais tout donné pour qu’on ne voit pas le feu sur mes joues. Non, je ne dis pas bonjour, parce que je ne sais pas, parce que je n’y arrive pas, parce que j’en crève tellement j’en ai envie, parce que j’ai peur, parce que je ne suis pas d’ici. Elles, elles sont nées ici, elles sont comme des reines, moi je ne suis qu’une humaine pas encore finie qu’on aurait posée là parce qu’ailleurs il n’y avait plus de place pour elle. A 9h45 je cherche mes clés et je mets toujours trop de temps pour les trouver je n’ai pas envie d’y aller, je ne veux pas traverser la cité.je cherche les clés alors qu’elles sont sur la porte d’entrée. Je prends mon sac, je ferme  clé et je descends l’escalier. Sur notre palier, il y a ce couple qui élève quatre chiens. Quatre bergers allemands qu’ils sortent tous les soirs pour les promener. Ils disent qu’ils sont gentils.  J’ai peur de les croiser. L’autre jour, ils ont sonné pour demander à ma mère si elle avait reçu le même courrier qu’eux, une lettre qui nous donnait les dates de dératisation. La dame a dit « c’est beau chez vous, nous on a les chiens vous savez » Ça pue dans l’escalier. Je voudrais pouvoir oublier  tout jamais ce mélange de produit d’entretien et de chien mouillé. J’ouvre la boîte aux lettres pour vérifier. Je voudrais être capable d’arrêter de rêver, ne plus croire que quelqu’un va m’écrire pour me dire qu’il comprend pourquoi je veux partir d’ici, pour me proposer d’aller loin,d’oublier tout. Je ne peux pas partir sans ma mère. Je ne pourrais laisser mon frère et ma sœur. Sans eux, je en serai plus rien, personne, on est tous les quatre et c’est tout. C’est ce qu’on s’est dit en arrivant ici. La porte de l’immeuble claque derrière moi et je traverse la rue sans regarder sur les côtés. Aucune voiture n’est jamais passée à ce moment précis. Je prends le risque. Ne surtout pas regarder et encore une fois sentir mon cœur exploser. Après il faut prendre le chemin qui longe l’aire de jeux et l’immeuble de la rue des acacias. Mes clés sont suspendues au bout d’une ficelle autour de mon cou, je les entends  chaque pas, j’entends le son de la télé qui sort des appartements. Qu’est ce qu’ils regardent à cette heure là ? Ils ne le savent pas, mais moi aussi j’adore les émissions débiles à la télé.Ils ne le savent pas mais je suis comme eux, je suis une des leurs. Je veux être l’une des leurs, je le crie mais le son ne sort pas et le feu continue de me brûler les joues. Je préfère quand il pleut, j’enfile une capuche et je cours en regardant mes pieds s’emballer. Ces fois-là, j’adore entendre mon cœur battre trop fort. Je ne suis pas habillée comme les filles d’ici. comme les garçons non plus. Ça, je ne veux pas, je ne peux pas, ce n’est pas moi. De toute façon, personne ne le voit mais depuis longtemps je suis sans peau. Il ne faut pas me toucher, j’e mourrais. Je rêve d’être l’une des leurs, je dois me protéger. Je ne suis pas de la cité. Un jour, j’en partirai. Un jour, j’oublierai même si au fond de moi, ce bout de vie restera tatoué.  Maintenant je le sais. Quand il fait beau, quand le soleil me réchauffe les pieds, quand le vent me souffle de ne pas m’inquiéter, j’arrive quelquefois à marcher comme si de rien n’était. Et je fredonne des chansons qui me font du bien, des chansons que ma mère me chantait quand nous vivions à la grande maison. Je ne pleure pas, je ne pleure jamais, ou plutôt je ne pleure plus, il y a juste ce feu qui n’arrête pas de brûler mes mains et mes joues, et ma gorge qui n’arrive pas à envoyer ses cris. Le collège est tout près, juste une rue à traverser. Dans la cour, de l’autre côté de la grille, il y a deux amies qui m’attendent et qui savent qui je suis. Je ne leur raconte jamais le chemin que je viens de prendre, les peurs qui m’ont traversée, les larmes que je n’ai pas versées. J’oublie et je ris. Ce soir, il faudra recommencer. Les mêmes peurs, la même course, le même feu qui me brûlera les joues, comme une écorchée du collège à chez nous.

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tu me diras comment c'est

Je l’ai lu, lu encore. je les ai entendus, ils me l’ont dit, ils me l’ont crié. Mes yeux n’en peuvent plus de le lire encore.  Et moi je ne sais pas. Moi aussi je voudrais crier et je n’arrive qu’au murmure.  Dis, est-ce que ça m’ arrivera, est ce que je saurais que c’est ça ? Est-ce qu’on en est sûr ? Il paraît que c’est la vie en mieux, que c’est  comme un grand saut, qu’on rencontre des parfums qu’on n’a jamais connu encore. Il paraît qu’on n’est plus jamais pareil après.  Tu sais, il y a des jours où moi aussi je crois que je pourrais le dire.  Quand je pose mes mains là, là où c’est chaud,  là où je transpire. Le sang qui va trop vite, trop fort, les veines qui menacent de céder,  le cœur qui sort de la poitrine, le corps qui se met à trembler, puis qui ne veut plus bouger. Moi aussi je sais ça, et le vide après. Mais pas l’amour.  Promets-moi que moi aussi je le connaîtrai un jour. Dis-moi que la porte s’ouvrira et que j’aurai le droit de passer le l’autre côté. Est-ce que c’est vrai qu’on se sent voler ? Moi je me sens si lourd. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je veux l’entendre, je veux le dire, je veux l’écrire, je veux poser ma main et sentir un souffle me réchauffer le cou. Ma peau me brûle, je voudrais qu’on me touche, qu’on me murmure des mots que je ne connais pas encore.  J’ai peur. Je ne veux plus entendre la voix de ma mère qui me disait « mon amour » comme on dit « bonne nuit et ne te réveille pas trop tard ». Elle ne m’a jamais parlé de ces choses-là. Moi je veux faire exploser ces mots. Mon père n’arrêtait pas de me dire « tiens-toi droit » et je suis là, droit comme un i, et nu, perdu. Dis-moi que je vais le trouver, je que vais trouver l’amour, que je saurai le reconnaître, que je ne laisserai pas passer. Dis-moi qu’il sera à la hauteur, parce que je l’ai attendu longtemps et que je ne tiens plus. Je suis prêt. Depuis le temps que je suis prêt. Promets-moi que moi aussi, je serai triste et que j’aurai envie de crever, que je n’oublierai jamais, que je remercierai la vie et que je dirai « mon amour », comme un feu de joie,  même au milieu du jour.  

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le vent vient toujours de la mer

C’est la petite barrière bleue qui m’a donné envie de dire oui. Elle était toute abimée, comme la poignée de la porte d’entrée et la rampe d’escalier qui menait au premier étage de cette petite maison décrépie. J’avais vu le panneau « à louer » en arrivant dans le village et ce que j’en avais vu ne m’avait pas quitté pendant tout le temps de l’entretien avec le député. Quand j’étais sortie du bureau, après qu’il m’ait demandé quand je pouvais commencer, j’ai appelé l’agence en signifiant à la dame que mon train repartait en début d’après-midi. Ce n’était pas tout à fait vrai, mais il fallait que je vois ce que j’imaginais. En passant devant au petit matin, j’avais tout de suite aimé  son air oublié et je me suis dit que nous serions bien toutes les deux ici. La dame de l’agence m’a demandé le temps d’arriver. J’ai poussé le portail et je l’ai attendue dans le jardin. J’étais chez moi. Je me doutais que les hivers pourraient être humides et j’ai senti le bout de mes doigts se glacer quand j’ai imaginé les soirs de grand vent. Mais la dame m’a dit que les locataires précédents avaient fait ramoner  la cheminée. Elle portait un chignon serré comme j’aurais aimé savoir le tourner. Je n’ai jamais su me coiffer. Ses ongles étaient faits et pendant qu’elle me parlait du chauffe-eau, je regardais son bracelet qui me rappelait ceux de ma mère. Il faisait du bruit à chaque fois que sa main bougeait. J’ai vu ses ongles peints et j’ai imaginé sa salle de bain. Tout devait être parfait. Pas la moindre trace de salpêtre, pas le plus petit morceau de coton souillé. D’ailleurs chez elle, il ne devait jamais y avoir de coton souillé. Elle faisait partie de ces gens parfaits  qui sentent bon avant même de se lever, ceux qui préparent leur tenue la veille et savent ranger leurs vêtements en pile qui ne tombent jamais. Je crois qu’ensuite, elle m’a parlé des eaux usées, du puits des voisins, de la douche qu’il ne fallait pas faire couler trop longtemps. J’aurais voulu qu’elle s’arrête de parler, j’aurais voulu qu’elle écoute avec moi le bruit des vagues qui se fracassaient contre la digue. Elle m’a dit que ce n’était peut-être pas le bon jour pour visiter. Je lui ai dit que j’avais une petite fille qui aimerait écouter la mer avec moi puis je lui ai demandé quand nous pourrions venir nous installer. Elle devait repartir vite et je lui ai demandé si je pouvais rester, de toute façon il n’y avait rien à voler ici. J’ai promis de lui ramener les clés à la fin de sa pause déjeuner puis je l’ai raccompagnée jusqu’à la petite barrière bleue. Le vent s’était levé et la mer commençait à se retirer. J’avais oublié le cri des mouettes. Je l’ai noté dans mes souvenirs de la journée à ne pas oublier. Je raconterais tout à Marguerite dès que je la retrouverais, ou plutôt dès que je me retrouverai seule avec elle. J’étais pressée de lui dresser le tableau de notre vie ici. Et pourtant je n’en connaissais rien, rien que l’essentiel. On venait de me proposer un travail que je n’avais jamais exercé et je venais de trouver la maison qui allait abriter notre vie.   Peut-être qu’avant de reprendre mon train, j’aurais le temps de passer au syndicat d’initiative pour demander la fiche des horaires de marée.  J’ai eu froid et je suis rentrée pour m’assoir sur le parquet. C’était un parquet qui craque et qui blesse les pieds. Je me suis promis d’acheter deux paires de  chaussons.  J’ai posé ma tête contre le marbre de la cheminée. J’étais sûre que Marguerite aimerait cette maison. Je pourrais installer son lit dans la petite chambre mansardée du premier. Je venais de décider de me garder celle avec le grand balcon. Les deux pièces étant mitoyennes, elle pourrait continuer de frapper trois coups contre le mur de séparation. Je frapperais trois coups à mon tour et j’attendrais alors qu’elle soit endormie pour redescendre profiter de ma liberté. Marguerite s’est toujours très vite endormie. J’espérais que ce soir, elle m’attendrait. Dehors il s’était mis à pleuvoir et je me suis couchée contre le vieux parquet. Je me suis aperçue que j’avais très faim et je ne savais plus très bien combien de temps il restait avant le départ de mon train. Je me suis endormie. C’est le froid qui m’a réveillée et puis le téléphone a très vite sonné.

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la cape

La nuit est encore là et j’ai peur d’avoir froid. Maman me dit que c’est normal, que l’hiver c’est toujours comme ça. Elle éteint les lumières, elle  me dit d’enfiler mon bonnet et mes gants puis elle met sa cape, celle sous laquelle je peux me glisser.

 

J’entends la neige sous mes pieds, elle fait le bruit d’un paquet de bonbons froissé, je vois les traces de mes pas et ceux de maman, juste à côté. Sa main serre la mienne et je sens son parfum. C’est comme du pain d’épices à la fleur d’oranger. Sous la grande cape noire, il ne fait jamais froid.

 

Quelquefois, elle se met à chanter et j’entends sa voix qui résonne dans mon grand abri, sous ses ailes. J’entends aussi son cœur qui bat et je chante avec elle. Je sens mes pieds qui ont envie de danser et nos pas s’accélèrent. Certains matins de joie, maman décide de courir et je cours avec elle.

 

Le vent souffle toujours sur le grand pont qui passe au dessus de la gare. Maman ferme la cape et je me serre plus fort. Je ne vois que nos pieds sur la neige que le vent balaie. Quand l’horloge sonne, c’est qu’il faut nous dépêcher.  

 

Il y a des jours sans chansons et sans mots. Maman ne me dis rien et j’ai peur qu’elle oublie que je suis là, juste à côté d’elle. Je serre sa main plus fort et mes pas ont du mal à suivre les siens. Ces matins là, c’est mon cœur que j’entends.  Elle ne m’entend pas.

  

Je n’aime pas ces jours là et je voudrais sauter jusqu’au lendemain, quand elle aura retrouvé les mots qui me font du bien, quand elle aura retrouvé son rire qui me dira qu’un jour, la cape sera trop petite pour m’abriter parce que je serai grand et que j’aurai envie de regarder plus loin.

Un jour, elle a voulu me montrer. Elle a détaché le bouton qui tenait sa cape fermée puis elle a soulevé ses grandes ailes pour faire voler la laine. Il faisait si froid que j’ai voulu crier. Aucun cri n’est venu.

Dans ma bouche grande ouverte, sur ma peau, dans mon cœur prêt à exploser j’ai senti j’ai senti la caresse du vent.

 

Posté par marionl à 10:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

une chaise dans la forêt

C’est une toute petite maison au bord de la forêt.

C’est là que je suis née.

C’est là que j’ai grandi.

 

C’est là que j’ai vu au moins dix fois l’hiver arriver

Et que j’ai fermé les volets pour garder la chaleur du poêle allumé.

C’est derrière la porte de cette toute petite maison  que j’ai entendu les cris du vent et les hurlements du loup.

C’est là, dans cette toute petite maison aux volets fermés que je me suis sentie à l’abri du froid et des dangers.

C’est là-bas, dans chacune des pièces de cette toute petite maison que j’ai entendu la voix de maman qui chantait.

 C’est dans cette toute petite maison, dans le silence des nuits que j’ai appris à écouter le bois qui craque  sou les pieds et celui des souris qui cherchent à manger.

C’est au pied de cette cheminée que j’ai trouvé dix fois un paquet avec mon nom écrit dessus.

C’est dans la boîte aux lettres de cette toute petite maison que j’attendais les lettres du voyageur qui me racontait les pays lointains qu’il visitait.

C’est sur la grande table de cette toute petite maison que je lui répondais, des lettres écrites sur mon plus beau papier. Un jour, j’ai su qu’elles étaient toutes arrivées.

 C’est par la fenêtre de cette toute petite maison que j’ai au moins dix fois entendu  le chant des oiseaux qui m’annonçait les jours devenus plus longs.

Ce sont les fenêtres de cette petite maison que j’ai ouvertes en grand pour laisser la chaleur du soleil entrer pour réchauffer le parquet.

C’est dans cette petite maison alors ouverte aux quatre vents que j’ai senti dix fois revenir les parfums du printemps.

C’est dans la grosse armoire juste à côté de mon lit qu’il m’a fallu chercher les chaussures trop serrées et les vêtements trop petits pour les donner à d’autres qui sauraient les porter après moi.

C’est sur la grande table de cette petite maison que j’ai posé des brassées de fleurs des champs dans des vases un peu trop grands.

C’est en m’asseyant sur le banc contre le mur de la maison qui j’ai eu tant de fois envie de prendre e chemin qui traverse la forêt ; Alors j’ai appris à fermer la porte derrière moi pour aller marcher dans les sous-bois, essayer de rencontrer les biches et les faons et sentir le parfum des chênes quand la pluie vient de tomber.

Je suis rentrée à chaque fois, le panier plein de ces trésors qu'on oublie, ces trésors que je rangeais sous mon lit dans la grosse boîte en carton que j'ai oubliée aussi.

 Ce sont les murs épais de cette toute petite maison qui m’ont protégée de la chaleur de l’été. C’est son jardin, juste à côté qui m’a donné des tomates mûres et des cerises dont j’ai fait des confitures et des sirops pour faire durer l’été même quand il serait passé. C’est en faisant des vœux quand je voyais une étoile filer que j’ai souhaité que jamais ne finisse ces longues nuits d’été. C’est alors que je dormais sous le cerisier, un des derniers été, que j’ai senti l’appel de la forêt et de la vie, de l’autre côté. Mais l’orage a grondé et il m’a fallu encore attendre un été ou deux pour me décider. C’était un matin comme seul l’été sait les dessiner. Un matin clair et frais, que je me suis chaussée pour m’en aller. J’ai fermé la porte derrière mois et je suis partie sans me retourner. IL fallait aller voir de l’autre côté de la forêt, . Essayer.

Posté par marionl à 10:16 - Commentaires [3] - Permalien [#]