C’est une toute petite maison au bord de la forêt.

C’est là que je suis née.

C’est là que j’ai grandi.

 

C’est là que j’ai vu au moins dix fois l’hiver arriver

Et que j’ai fermé les volets pour garder la chaleur du poêle allumé.

C’est derrière la porte de cette toute petite maison  que j’ai entendu les cris du vent et les hurlements du loup.

C’est là, dans cette toute petite maison aux volets fermés que je me suis sentie à l’abri du froid et des dangers.

C’est là-bas, dans chacune des pièces de cette toute petite maison que j’ai entendu la voix de maman qui chantait.

 C’est dans cette toute petite maison, dans le silence des nuits que j’ai appris à écouter le bois qui craque  sou les pieds et celui des souris qui cherchent à manger.

C’est au pied de cette cheminée que j’ai trouvé dix fois un paquet avec mon nom écrit dessus.

C’est dans la boîte aux lettres de cette toute petite maison que j’attendais les lettres du voyageur qui me racontait les pays lointains qu’il visitait.

C’est sur la grande table de cette toute petite maison que je lui répondais, des lettres écrites sur mon plus beau papier. Un jour, j’ai su qu’elles étaient toutes arrivées.

 C’est par la fenêtre de cette toute petite maison que j’ai au moins dix fois entendu  le chant des oiseaux qui m’annonçait les jours devenus plus longs.

Ce sont les fenêtres de cette petite maison que j’ai ouvertes en grand pour laisser la chaleur du soleil entrer pour réchauffer le parquet.

C’est dans cette petite maison alors ouverte aux quatre vents que j’ai senti dix fois revenir les parfums du printemps.

C’est dans la grosse armoire juste à côté de mon lit qu’il m’a fallu chercher les chaussures trop serrées et les vêtements trop petits pour les donner à d’autres qui sauraient les porter après moi.

C’est sur la grande table de cette petite maison que j’ai posé des brassées de fleurs des champs dans des vases un peu trop grands.

C’est en m’asseyant sur le banc contre le mur de la maison qui j’ai eu tant de fois envie de prendre e chemin qui traverse la forêt ; Alors j’ai appris à fermer la porte derrière moi pour aller marcher dans les sous-bois, essayer de rencontrer les biches et les faons et sentir le parfum des chênes quand la pluie vient de tomber.

Je suis rentrée à chaque fois, le panier plein de ces trésors qu'on oublie, ces trésors que je rangeais sous mon lit dans la grosse boîte en carton que j'ai oubliée aussi.

 Ce sont les murs épais de cette toute petite maison qui m’ont protégée de la chaleur de l’été. C’est son jardin, juste à côté qui m’a donné des tomates mûres et des cerises dont j’ai fait des confitures et des sirops pour faire durer l’été même quand il serait passé. C’est en faisant des vœux quand je voyais une étoile filer que j’ai souhaité que jamais ne finisse ces longues nuits d’été. C’est alors que je dormais sous le cerisier, un des derniers été, que j’ai senti l’appel de la forêt et de la vie, de l’autre côté. Mais l’orage a grondé et il m’a fallu encore attendre un été ou deux pour me décider. C’était un matin comme seul l’été sait les dessiner. Un matin clair et frais, que je me suis chaussée pour m’en aller. J’ai fermé la porte derrière mois et je suis partie sans me retourner. IL fallait aller voir de l’autre côté de la forêt, . Essayer.