La nuit est encore là et j’ai peur d’avoir froid. Maman me dit que c’est normal, que l’hiver c’est toujours comme ça. Elle éteint les lumières, elle  me dit d’enfiler mon bonnet et mes gants puis elle met sa cape, celle sous laquelle je peux me glisser.

 

J’entends la neige sous mes pieds, elle fait le bruit d’un paquet de bonbons froissé, je vois les traces de mes pas et ceux de maman, juste à côté. Sa main serre la mienne et je sens son parfum. C’est comme du pain d’épices à la fleur d’oranger. Sous la grande cape noire, il ne fait jamais froid.

 

Quelquefois, elle se met à chanter et j’entends sa voix qui résonne dans mon grand abri, sous ses ailes. J’entends aussi son cœur qui bat et je chante avec elle. Je sens mes pieds qui ont envie de danser et nos pas s’accélèrent. Certains matins de joie, maman décide de courir et je cours avec elle.

 

Le vent souffle toujours sur le grand pont qui passe au dessus de la gare. Maman ferme la cape et je me serre plus fort. Je ne vois que nos pieds sur la neige que le vent balaie. Quand l’horloge sonne, c’est qu’il faut nous dépêcher.  

 

Il y a des jours sans chansons et sans mots. Maman ne me dis rien et j’ai peur qu’elle oublie que je suis là, juste à côté d’elle. Je serre sa main plus fort et mes pas ont du mal à suivre les siens. Ces matins là, c’est mon cœur que j’entends.  Elle ne m’entend pas.

  

Je n’aime pas ces jours là et je voudrais sauter jusqu’au lendemain, quand elle aura retrouvé les mots qui me font du bien, quand elle aura retrouvé son rire qui me dira qu’un jour, la cape sera trop petite pour m’abriter parce que je serai grand et que j’aurai envie de regarder plus loin.

Un jour, elle a voulu me montrer. Elle a détaché le bouton qui tenait sa cape fermée puis elle a soulevé ses grandes ailes pour faire voler la laine. Il faisait si froid que j’ai voulu crier. Aucun cri n’est venu.

Dans ma bouche grande ouverte, sur ma peau, dans mon cœur prêt à exploser j’ai senti j’ai senti la caresse du vent.